Les Accusées, Charlotte Rogan, Fleuve Noir, Aout 2012

Présentation de l’éditeur
« À l’été 1914, l’Impératrice Alexandra, un paquebot transatlantique croisant vers New York, fait naufrage suite à une mystérieuse explosion. À son bord se trouve Henry Winter, un riche banquier en voyage de noces avec sa jeune épouse Grace. Malgré la panique ambiante, Henry parvient à trouver une place à sa femme sur l’une des chaloupes de sauvetage. Elle y rejoint trente-huit autres passagers, bien plus que l’embarcation ne peut en contenir. Pendant vingt et un jours et vingt et une nuits, les rescapés luttent contre les éléments, la faim, la soif et leur pire ennemi : la peur. La chaloupe menace de chavirer à tout moment et les inimitiés ne tardent pas à apparaître. Une évidence se fait jour : pour que certains vivent, d’autres doivent mourir.
Grace fait partie de ceux qui ont survécu… mais à quel prix ? C’est ce que cherche à savoir le tribunal devant lequel elle comparaît avec deux autres femmes, toutes trois accusées d’avoir tué l’un de leurs compagnons d’infortune. Mais la justice peut-elle vraiment statuer sur ce qui s’est passé entre ces hommes et ces femmes confrontés à une mort imminente ?
Sublime et dérangeant, Les Accusées explore les limites de la morale humaine. »
Ce récit évoque la tragédie du Titanic et surtout le film d’Alfred Hitchcock « Lifeboat ». Dans le deux cas, un bateau fait naufrage et les rescapés tentent de survivre à bord d’embarcations bondées.
Un leader impose très vite sa discipline tyrannique, M. Hardy, puisqu’il le seul marin à bord. La vie à bord du canot s’organise tant bien que mal au fil des jours. Les personnalités se révèlent et la promiscuité crée d’inévitables tensions.
Mais les questions s’accumulent peu à peu. Comment en est-on arrivés là ? Qu’est-ce qui a provoqué l’explosion de L’Impératrice Alexandra ? Les témoignages et rumeurs des rescapés alimentent les suspicions. Quel rôle a joué Hardy, qui semble cacher un secret, dans ce sinistre scénario ? Peu à peu, les espoirs que le groupe a mis en cet homme s’effritent. La faim, la soif et la peur troublent les jugements. La folie guette les uns. D’autres s’enfoncent dans leur lâcheté. D’autres enfin font preuve d’un courage exemplaire et n’hésitent pas à se sacrifier pour que survivent leurs compagnons.
Les clans se forment et se recomposent au fil des jours. L’auteur décrit le climat infernal de ce microcosme flottant. La barque dérive, symbole de la dérive psychique des humains qui sont à son bord.
L’océan, terrifiant et imprévisible, est décrit avec puissance et authenticité. La menace est omi-présente. Charlotte Rogan sait choisir les mots et les descriptions qui glacent le sang. Le lecteur est embarqué dans ce cauchemar dans tous les sens du terme…
Mais ce récit subtil est aussi une analyse de la place de la femme dans la société de 1914. Les principaux personnages, tels que l’héroïne Grace, ou encore la très autoritaire Mrs Grant, présentent des facettes de leur personnalité très ambiguës. Sous leurs aspects fragiles, les femmes peuvent déployer des trésors de cynisme et de cruauté pour imposer leur dictat aux hommes.
Très vite, une évidence s’impose : pour que certains aient une chance de survivre, d’autres devront mourir. Mais, la poignée de rescapés doit alors s’expliquer. C’est l’autre idée géniale de Charlotte Rogan : le tribunal des hommes juge les rescapés. D’où le titre français « Les Accusés ». Il y a donc deux histoires en une. Le récit du naufrage, raconté par l’héroïne Grace, et le récit de son propre procès.
Rogan tient le lecteur en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. La fin est déconcertante et dérangeante.
Un vrai roman de suspense qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Remarquable, tant sur le fond que sur la forme, car pour ne rien gâcher, Charlotte Rogan écrit très bien !




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