Un jour, le crime, Jean-Bertrand Pontalis, Mars 2011, Gallimard, collection blanche

Cet ouvrage n’est pas un polar mais un essai. Jean-Bertrand Pontalis, en tant que psychanalyste et en tant que citoyen, se passionne pour le faits-divers criminel.
A travers ces faits divers, et leur traitement, Jean-Bertrand Pontalis cherche à comprendre l’origine du mal et de la violence. Il évoque des crimes célèbres, des crimes passionnels, des affaires retentissantes ou oubliées, sans voyeurisme ni moralisation, ni même de recherche de la vérité. Il cherche juste à comprendre et à expliquer le « passage à l’acte ».
Les citations sont celles d’un érudit. Les textes de Camus et de Gide font échos aux faits divers bien réels évoqués par l’auteur. Les historiens nous rappellent que l’Histoire est jalonnée de crimes aussi célèbres qu’abominables, tel l’histoire de ce jeune noble d’un petit village de Dordogne, rapportée par Jean Teulé ou Alain Corbin, qui a été massacré puis dévoré par la population après avoir été pris par erreur pour un « sale Prussien »…
Plus loin, Pontalis observe un célèbre tableau représentant l’assassinat de Marat par Charlotte Corday (p. 22) : « me voici spectateur de la scène du crime. Jamais le mot « scène » n’a été aussi juste, tant celle-ci est théâtrale […] »
Le terme est entré dans le jargon policier.
La réalité dépasse la fiction, et la réalité utilise les termes de la fiction.
Plus loin encore, Pontalis cite le fameux paradoxe de Jean Paulhan (p. 99) : « Les faits divers n’arrêtent pas de trahir les roman dont, trop visiblement, ils s’inspirent. »
L’auteur s’interroge alors (p. 99) : « où commence le roman ? Le fait divers tel qu’il est relaté dans un journal est déjà un roman. Plus qu’une ébauche, qu’un scénario. Semblable au rêve, il condense dans sa forme toute sorte d’éléments prélevés ici et là et, comme le rêve, il nous paraît aussi absurde qu’énigmatique ; même si nous nous employons à le déchiffrer, il restera toujours en lui une part de mystère comme s’il émanait d’un autre monde que celui où nous avons l’habitude de nous mouvoir. »
Pour conclure : « Criminels, monstres, exclus de la société, indignes de vivre, les voici devenus héros de grands romans. Alors, nous, lecteurs, leurs sommes reconnaissants ! »
On lira l’évocation de l’affaire du curé d’Uruffe pour s’en convaincre…
Le crime serait donc en lui-même une fiction. Le crime est à l’origine de bien des polars. Du reste, une des façons de traduire le mot « polar » en anglais n’est-elle pas « Crime Fiction » ?




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