Bien avant le grand Serge et son « Gainsbourg Percussions » en 1964, il y a eu « The Beat of My Heart » en 57, certainement l’album le plus audacieux de Tony Bennett. En tout cas, le seul à avoir jusqu’à présent chatouillé ma curiosité.
En bon drogué de la galette, j’ai d’abord été attiré par la pochette en feuilletant le livre Jazz Covers* : « Comment ?!!! Une couverture que je n’ai jamais vue ?!!! Tony Bennett avec Art Blakey, Candido, Sabu Martinez, Chico Hamilton et Jo Jones ?!!! » Je devais absolument en savoir plus.
L’enquête a été bouclée en trois minutes, montre en main : non seulement « The Beat of My Heart » se trouve et se commande en quelques clics sur le Net, mais il vient d’être réédité sur un CD regroupant les deux premiers albums du crooner, sous le titre « Classic Bennett : the Jazz Sides ».
Passons sur le premier, « Cloud 7 », enregistré en 54, et fidèle à ce qu’on peut imaginer de Bennett…Sautons directement en 1957. Le chanteur est alors confortablement installé dans la catégorie des rois de la ballade. Une formule qui a fait son succès et qu’il pourrait se contenter de reproduire. Mais Tony Bennett a d’autres projets : il s’est mis en tête d’enregistrer un « drum album », selon ses termes, une collection de standards qu’il interprèterait avec des batteurs jazz et des percussionnistes afro-cubains. Le pari est osé, mais Columbia lui donne carte blanche.
En jazzfan absolu, le chanteur fait appel à la crème du genre : Joe Jones, une référence en la matière, Chico Hamilton qui rencontre à l’époque un large succès avec un quintet atypique (sax, guitare, basse, violoncelle et batterie), Art Blakey, l’un des plus flamboyants messagers du hard-bop, ainsi que Candido Camero et Sabu Martinez*, pour leurs épices afro-cubaines.
Chacun se relaie sur les onze titres et est épaulé par des groupes à géométrie variable, mais dans lesquels figurent Nat Adderley, Al Cohn, Herbie Mann, Bobby Jaspar et Kai Winding…Soit un casting sans faute. Tout comme le résultat : des mélodies finement sélectionnées dans le Great American Songbook (tracklisting ci-dessous), des rythmes endiablés au service du timbre de velours de Tony Bennett, un swing contagieux et une joie qui transpire de chaque note, chaque parole (mention spéciale aux quatre titres sur lesquelles la voix de Tony Bennett n’est ornée que de flûtes et de percussions, carrément trippant).
À sa sortie, « The Beat of My Heart » a été autant applaudi par le public que par la critique et ce disque reste cinquante ans après sa parution, le préféré de Tony Bennett.
1. Let’s Begin
2. Lullaby of Broadway
3. Let There Be Love
4. Love For Sale
5. Crazy Rhythm
6. The Beat of My Heart
7. So Beats My Heart For You
8. Blues In the Night
9. Lazy Afternoon
10. Let’s Face the Music and Dance
11. Just One Of Those Things
* Indispensable sélection de pochettes de vinyles de jazz paru aux éditions Taschen
* Rien à voir avec « The Beat of My Heart », mais puisque l’on parle de Sabu Martinez, signalons la sortie, il y a quelques mois, de deux disques inédits et déjà cultes chez les amateurs de rare groove : « Burned Sugar – The Swedish Radio Recordings 1973 » et « Winds and Skins – The Swedish Radio Recordings 1978 ». Ce dernier a été enregistré avec le saxophoniste Sahib Shihab.