Appelez-moi Lorca Horowitz / Anne Plantagenet

Mais qui aurait pu se méfier de la boulotte Lorca Horowitz, mal classée, mal coiffée, mal attifée, l’air de pas grand chose et surtout pas d’une grande ambitieuse? Certainement pas sa future patronne, architecte andalouse, mère parfaite d’enfants aussi blonds qu’elle (ce qui ne court pas les rues en Andalousie), épouse idéale et beauté renversante. Certainement pas une femme qui avait tout : amour, gloire et beauté. Bonté, aussi, mais une bonté toute bourgeoise, qui fait inviter au déjeuner de famille dominical la pauvre fille qu’on aidera à mieux s’habiller et à se mettre un peu mieux en valeur, avec un tout petit peu de condescendance. Madame parfaite, pourtant, aurait mieux fait d’embaucher une autre candidate, peut-être plus équilibrée…et moins intelligente. Car Lorca Horowitz, d’abord éperdue d’admiration amoureuse, change rapidement son regard sur sa bienfaitrice et comprend qu’elle a bien plus à gagner d’elle malgré elle et sa bonne conscience bourgeoise. Comme elle comprend vite, elle pique les bons plans de sa patronne et les sous dans la caisse. Devient belle, devient riche et pendant ce temps, sa patronne décline, de manière inversement proportionnelle, jusqu’au gouffre.

C’est un fait divers. Une histoire qui a intéressé la romancière Anne Plantagenet et la narratrice de son dernier roman. Une histoire dans les interstices de laquelle elle a glissé des fragments de sa propre histoire andalouse, Séville, un mari, un enfant, une séparation et un retour en France. Pourquoi la romancière/narratrice se sent-elle aussi concernée par cette histoire apparemment étrangère à elle? C’est sans doute tout l’enjeu de ce livre, qui mène deux récits parallèles, arrivant parfois, par une géométrie fantaisiste, sinon à se croiser, du moins à  se rapprocher. Un livre qui brouille les pistes, et dès la couverture, avec une troublante photo de l’auteure, apparemment, qu’on n’a aucun mal à imaginer en andalouse. Troublante, vous dis-je…

Appelez-moi Lorca Horowitz, d’Anne Plantagenet, est paru aux Editions Stock.




Une réponse à “Appelez-moi Lorca Horowitz / Anne Plantagenet”

  1. [...] nourrie, elle aussi, de spleen espagnol (allez voir la chronique de son dernier roman chez Laure Albenrhe…) assure le rendu avec tact et [...]