Peine perdue, d’Olivier Adam

J’ai beaucoup de mal avec ce style, le fameux indirect libre. On est dans la tête des personnages, on vit avec eux, on pense avec eux. On parle comme eux. Et moi, je n’aime pas lire comme on parle. Mais c’est le style d’Olivier Adam et, au fil des pages, j’ai réussi à dépasser l’irritation qu’il déclenchait en moi. J’en ai tourné quatre cents, des pages, en fin de compte. C’est donc que l’auteur des Vents contraires a su me tenir avec autre chose.

D’abord, il m’a tenue avec sa ronde de personnages tous un peu cassés, tous un peu misérables. Beaucoup pour certains. Enervants souvent, attachants aussi. Mais de leur être attaché n’est pas ce qu’on nous demande. De toute façon, on les côtoie très peu, ça va très vite, tout ça. Il y en a vingt-deux, à peu près tous aussi importants dans cette histoire qui commence comme la chronique d’un fait divers : un jeune type, tête brûlée et gloire locale du football amateur, se fait agresser dans un camping dont il retape les bungalows pour un mafieux de petite envergure. Autour de lui, des gens gravitent, qui sont autant de personnages et de chapitres. Il y a son père, le maçon taiseux et digne, sa sœur, amoureuse d’un flic plutôt loyal, mais qui vit avec un macho miteux dans un chantier éternel, il y a son copain d’enfance et de galère, junkie sur les bords, foireux au milieu, il y a cette mère, toute jeune, d’un enfant dont elle ne parvient pas à s’occuper, il y a cette écrivaine retirée, cette gamine perdue, cette assistante sociale, cette interne épuisée, ces deux petits vieux suicidaires… et cette station balnéaire sur la Côte d’Azur abandonnée, « hors saison ». On a rarement vu plus triste comme décor. On a l’impression que rien ne peut s’y passer, à part des faits divers pour remplir les colonnes de la presse régionale, quand survient une tempête épique. Elle emportera tout sur son passage, des vies, des détresses, des bungalows, des criminels et ce qu’il restait de l’été.

Olivier Adam, de cette galerie de personnages si habilement orchestrée, arrive à tirer un roman noir. Où l’on voit que celle qui tire les ficelles, c’est la misère. Sociale, affective, culturelle. Pas joyeux, mais sensible. A défaut d’être de la grande littérature (même si c’en est de la bonne), Peine perdue est une bonne chronique du temps présent. Un monde de (toutes) petites ambitions, de (grandes) désillusions, infiniment triste, en un mot : désespérant. A mon avis, on va en entendre parler au moment des prix littéraires…

Peine perdue, d’Olivier Adam, Editions Flammarion




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