Avec nos yeux (documentaire)

Et dire que j’aurais pu ne pas même connaître l’existence de ce film! Je suis tombée sur l’info par hasard, j’ai eu envie d’en savoir davantage, j’ai commencé à le regarder mollement, fatiguée, migraineuse. Et là, la claque! Je ne m’attendais pas être tirée de ma torpeur de la sorte.

L’une des toutes premières scènes du film de Marion Aldighieri, ce sont les comédiens de l’IVT, l’International Visual Theatre, qui répètent leur version en Langue des Signes de La Marseillaise, dont on apprendra plus loin dans le film qu’elle est destinée à la cérémonie en mémoire au Soldat Inconnu sous l’Arc de Triomphe. On a beau ne pas avoir un patriotisme exacerbé, sentir la joie, l’enthousiasme, la fierté de ce gens à devenir — enfin ! — des citoyens à part entière dans une société qui a tendance à les ghettoïser, je ne sais pas vous, mais moi, je fonds en larmes. Quelques minutes plus tard, on voit les mêmes comédiens danser. Il y a d’autres façons d’entendre la musique qu’avec ses seules oreilles… Et il se trouve en outre que ces gens sont beaux, qu’ils ont une énergie à renverser des montagnes et que cette énergie est forcément contagieuse.

On est donc gonflé de cette belle énergie dès les premières minutes. Et on s’attend à passer les quatre-vingt-dix autres en larmes aussi. Sauf que non, on ne pleure plus (à part quelques fois pour les cœurs d’artichaut comme moi), on s’enthousiasme, on s’énerve, on vit les hauts et les bas de cette équipe qui, il y a quelques années, a eu cette idée folle d’investir un petit immeuble au fond d’une impasse dans le 9e arrondissement de Paris pour en faire un théâtre et LE lieu de la culture sourde. Car oui, culture il y a. La surdité n’est pas un handicap, c’est le credo d’Emmanuelle Laborit, la douce et déterminée meneuse. Et les Sourds ont développé, grâce à la Langue Française des Signes, une culture artistique valorisée à l’IVT : spectacles de théâtre, de chanson, de poésie, de conte, de danse, etc.

Or cette culture ne s’est pas construite sans embûches, à l’image du lieu qui l’abrite. Le film, en racontant le chantier du second, dessine habilement l’élaboration de la première. Des interviews de quelques comédiens sur leur enfance sourde révèlent à quel point l’apprentissage de la LFS, une langue reconnue seulement en 2005, a été une libération pour eux. Dès lors qu’ils se sont mis à la parler, ils sont devenus des gens comme les autres. Ou presque. Car ils ont ce quelque chose en plus, cette lumière dans les yeux que l’on ne voit nulle part ailleurs.

Le film pourrait n’être que poétique. Il pourrait n’être que militant. Il pourrait n’être qu’émouvant. Et il est les trois à la fois. Il est aussi extrêmement galvanisant. La rencontre avec des gens passionnés donne toujours de l’énergie. « Avec nos yeux » fait des ellipses, des impasses, choisit une approche humaine plus que didactique. Et à travers l’humain, il ouvre des portes. Alors si vous voulez en savoir davantage, il faudra y aller seul. En commençant par voir un spectacle rue Chaptal. Vous y apprendrez à applaudir en silence. C’est très joli, une salle qui applaudit en silence…

« Avec nos yeux », un film de Marion Aldighieri / sortie en salles le 5 juin 2013

International Visual Theatre – 7, impasse Chaptal – 75009 Paris – www.ivt.fr




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