Une année studieuse
février 2nd, 2012J’ai tendance à me méfier des romans autobiographiques — ou du moins inspirés de la vie de leurs auteurs — mais mes deux derniers grands coups de cÅ“ur sont Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine Le Vigan, qui nous livre la belle et triste saga de sa famille, et ce livre dont on a beaucoup parlé lors de la rentrée littéraire de janvier : celui d’Anne Wiazemsky.
Je l’ai lu parce que je savais qu’il parlait de Godard mais j’avoue l’avoir pris du bout des doigts (certaines réticences, parfois…). Je ne m’attendais pas à ne plus le lâcher jusqu’à la fin.
Anne Wiazemsky s’y raconte sans fard, sans coquetterie (pas son genre), elle y raconte sa rencontre avec le cinéaste, à qui elle a envoyé une lettre pour lui dire qu’à travers son cinéma, elle aimait l’homme. Ben voyons. C’est tout elle, timide mais téméraire. Quelques mois et dizaines de pages plus tard, les voilà mariés, contre vents et marées.
Rappelons qu’au moment des faits (graves, dans tous les sens du terme), la narratrice-auteur est mineure, fille d’une princesse russe, petite-fille de François Mauriac et son homme, artiste mao, a le double de son âge. On devine pas mal de problèmes à suivre…
Ce que dit Anne Wiazemsky, et c’est ce qui rend ce roman à la fois si passionnant et si attachant, c’est toute une époque, celle qui précède Mai-68. Elle dit les préparatifs de « La Chinoise », le film dans lequel son Godard de mari la fait jouer, elle dit le grand appartement conjugal qui est aussi le décor du film, avec ses grands panneaux de couleurs. Elle dit la fac de Nanterre et Daniel Cohn-Bendit (qui l’appelle « Anne Machin-Chose »). Elle dit la formidable générosité du philosophe Francis Jeanson, qui l’aide à passer à l’âge adulte. Elle dit les paparazzis, les belles bagnoles, les bistrots du Trocadéro. Et elle dit surtout le fol amour d’un homme, étourdi, attendri, éperdu, elle donne le portrait du plus attachant et du plus irritant des amoureux, elle dit Godard et, ne serait-ce que pour ça, son Année studieuse vaut vraiment le coup d’être dévoré.
Une année studieuse, Anne Wiazemsky (Ed. Gallimard)

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